Eduardo da Silva, de Rio à Londres via Zagreb
En tête du classement des buteurs du groupe E des qualifications pour l’Euro 2008 se trouvent Roberto Collauti , buteur argentin jouant avec l’équipe nationale israélienne et Eduardo da Silva joueur brésilien évoluant à la pointe de l’attaque croate.

Il y a deux ans, Philippe Troussier, éphémère entraîneur de l’Olympique de Marseille posait une question qui fâche sur les naturalisations de complaisances dans le football. En tant que coach de l’équipe nationale du Qatar, le Français avait contacté de nombreux joueurs brésiliens (Dédé ou Ailton) ou français (Ismaël). Ces footballeurs jamais sélectionnés avec leur pays se sont ainsi vus proposer une forte somme d’argent afin de se faire naturaliser afin de qualifier le Qatar pour la Coupe du Monde. Ce projet qui avait fait énormément de vagues au sein de la FIFA est mort-né.
Les naturalisations de complaisances, les mariages blancs sont légions dans le monde du sport pour des intérêts purement financiers et vaguement sportifs. Le cas de l’attaquant du Dinamo Zagreb, Eduardo da Silva est très différent de cette markétisation de l’appartenance nationale.
Un brésilien de 15 ans livré à lui-même à Zagreb
Né en 1983 à Rio de Janeiro, Eduardo n’a visiblement aucun point commun, mis à part le talent, avec Davor Suker son prédécesseur à la pointe de l’attaque croate ou avec Niko Kranjcar la star actuelle de l’équipe nationale. Carioca, cet admirateur de Romario débute le football dans le club brésilien de Nova Kennedy. Mais très vite il sait que pour percer dans son sport il ne peut pas rester au pays de la samba et que seul l’Europe peut lui permettre de réaliser une carrière professionnelle. A 15 ans, il rejoint donc le vieux continent, pas le Portugal comme de nombreux brésiliens mais la Croatie récente demi-finaliste de la Coupe du Monde 98. Choix curieux pour ce jeune joueur ne parlant ni croate, ni anglais et habitué à la chaleur du climat brésilien. A Zagreb, Eduardo découvre seul une nouvelle culture et également la «rudesse» du climat croate. Le brésilien doit s’habituer au froid et à la neige. Côté football, il séduit les dirigeants du club du championnat croate, le Dinamo Zagreb. Evoluer sous le maillot du Dinamo Zagreb est un gage de qualité quand on sait que ce club a vu passer Davor Suker, Zvonimir Boban et Robert Prosinecki, à l’évidence les trois plus grands joueurs croates.
Mais avant de connaître l’honneur d’être titulaire au stade Maksimir de Zagreb il faut faire ses preuves chez les jeunes. Le talent d’Eduardo crève les yeux des entraîneurs de son club, mais malgré ses indéniables qualités footballistiques il ne parvient pas à s’acclimater à la région. Le soleil de Rio lui manque et il est difficile de s’intégrer à un pays quand on ne parle pas la langue. Eduardo rentre donc au Brésil à Bangu pour deux saisons entre 1999 et 2000. Mais son rêve croate n’est pas pour autant oublié. Dans son pays natal, il se relance, se fait violence et revient très motivé au Dinamo en 2001. Il sait qu’il doit absolument s’intégrer à la Croatie pour réussir sa carrière et il prend l’exemple des brésiliens évoluant en Ukraine ou en Russie avec des conditions climatiques beaucoup plus difficiles qu’à Zagreb pour se donner du courage.
Dans un premier temps, Eduardo évolue logiquement avec l’équipe réserve et malgré une blessure mal soignée au pied il fait ses preuves aux côtés des jeunes croates. Et en 2002 la première récompense arrive avec son incorporation dans au sein de l’effectif professionnel du Dinamo. Mais l’ancien coach de Nantes et de la Croatie, Miroslav Blazevic souvent présenté comme «l’homme au képi» estime que son attaquant n’a pas encore le niveau pour évoluer régulièrement avec les pros. Après seulement quatre apparitions sous le maillot du Dinamo, Eduardo accepte d’être prêté dans le modeste club de deuxième division de l’Inter Zapresic. C’est une chance unique de briller et de s’imposer définitivement comme un grand espoir du championnat croate. Et Eduardo ne la laisse pas passer avec 10 buts inscrits en une demi-saison.
Au délà de sa réussite sur les pelouses croates, Eduardo s’épanouit en tant qu’homme. Il s’intègre au pays et il demande logiquement la nationalité croate. Sa naturalisation fait parlée notamment en raison de la rapidité de l’acquisition de ce statut de citoyen croate. Mais Eduardo s’en moque et revendique sa fierté d’être croate et d’appartenir à cette jeune nation.
Et Eduardo devient «Dudu»
Il est impossible pour le staff du Dinamo de ne pas lui faire confiance et son coach Nikola Jurcevic estime qu’Eduardo est prêt pour occuper le poste d’avant-centre du Dinamo. Et dès sa première réelle saison en tant que titulaire, la classe naturelle du brésilien éclabousse le championnat 2003-2004. Malgré «seulement» 9 buts en 24 matchs, «Dudu» est nommé joueur de l’année du championnat. Sa qualité première est la vitesse même si comme tous les brésiliens qui se respectent Eduardo n’est pas maladroit avec ses pieds. Il découvre également les pelouses européennes avec la sélection croate. Pas encore l’équipe A avec laquelle il s’illustre aujourd’hui mais avec la sélection espoir pour laquelle il fait ses débuts lors de l’Euro 2004 en Allemagne. Il évoluera à 12 reprises avec cette sélection, le temps pour lui d’inscrire 8 buts et de s’affirmer comme un buteur prolifique.
L’année 2004 est donc celle de tous les succès pour «Dudu» avec son éclosion au sein de l’effectif du Dinamo Zagreb, son titre de meilleur joueur du championnat croate et ses débuts avec la sélection espoir croate. Mais le destin d’Eduardo da Silva a voulu qu’après de nombreuses galères en Croatie, les satisfactions arrivent toutes en même temps. Et c’est donc le 16 novembre 2004 que le néo-croate découvre la sélection nationale A lors d’un match amical face à la République d’Irlande.
Avec son club du Dinamo, Eduardo continue d’affoler les compteurs avec deux belles saisons en 2004-2005 puis 2005-2006. Cette dernière saison est bouclée avec 20 buts en 29 matchs et un titre de champion de Croatie. «Dudu» est définitivement le meilleur joueur du championnat de Croatie et il empoche d’ailleurs son second titre officiel de joueur de l’année après celui de 2004. Si Eduardo affole les compteurs sous le maillot de son employeur, c’est également le cas avec celui de son pays d’adoption. Il évolue à la fois avec les espoirs croates et avec la sélection A. Il marque d’ailleurs son premier but avec la Croatie lors de la Carlsberg Cup à Honk-Kong en février 2006. Tous les journalistes croates s’enthousiasment pour «Dudu» et beaucoup estiment que sa sélection pour la Coupe du Monde 2006 est acquise. Mais le sélectionneur national Zlakto Kranjcar, papa de la star de la sélection croate, Niko, refuse d’appeler Eduardo pour la phase finale en Allemagne. Ses justifications paraissent très faiblardes notamment lorsqu’il évoque la jeunesse du carioca, sachant que son propre fils et Luka Modric coéquipier de «Dudu» pourtant bien plus jeunes ont été sélectionnés. Le parcours croate en Allemagne est décevant avec une élimination dès le premier tour de la Coupe du Monde et c’est donc tout à fait normalement que Kranjcar est poussé vers la sortie durant l’été 2006. Son remplaçant est bien connu par les français car il s’agit de Slaven Bilic, l’homme qui avait privé Laurent Blanc de la finale du Mondial 98 après une simulation honteuse de la part du nouveau sélectionneur croate.
2006-2007, l’année de tous les records pour Eduardo da Silva
Depuis deux années Eduardo était le meilleur joueur de Croatie, mais sans doute vexé par sa non-sélection pour la Coupe du Monde qui lui aurait permis d’évoluer face à son pays d’origine, il va accomplir une saison exceptionnelle. Le rêve de «Dudu» commence dès le 16 août 2006 à Livourne lors du match contre l’Italie. Face aux nouveaux champions du monde, le jeune attaquant va briller avec un but lors de la victoire historique (2-0) de la Croatie en Italie. Dès le mois de juillet Eduardo avait fait parler la poudre avec doublé contre Rijeka menant le Dinamo à la victoire en Supercoupe de Croatie. Le rêve de tous les footballeurs est bien évidemment d’entendre un jour l’hymne de la Ligue des Champions, la plus prestigieuse compétition de clubs. Mais l’indice UEFA de la Croatie est tellement faible que même le champion national doit passer plusieurs tours préliminaires afin de pouvoir rejoindre la phase finale de la C1. Eduardo très motivé à l’idée de s’affirmer aux yeux de l’Europe inscrit deux buts lors du premier tour contre le club du FK Ekranas. Grâce à cette victoire, le Dinamo Zagreb a la possibilité de rencontrer le club anglais d’Arsenal. Mais la différence de budget est beaucoup trop forte pour que les croates puissent rivaliser avec les hommes d’Arsène Wenger. Malgré l’élimination du Dinamo, Eduardo se met tout de même en valeur avec le premier but de l’histoire européenne marqué dans le tout nouveau stade des Gunners le 23 août 2006. «Dudu» attire de nombreuses convoitises notamment celles de la Juve, de l’Ajax ou encore du PSV. Mais le président du Dinamo reste ferme et Eduardo décide de rester à Zagreb afin de conquérir un nouveau titre de champion. Son salaire mensuel est d’environ 18 000 euros soit la rémunération de nombreux joueurs de Ligue 2 en France. «Dudu» s’affirme sur le plan international mais il ne néglige pas pour autant les compétitions locales. Ainsi il inscrit 18 buts et délivre 7 passes décisives à la mi-saison. Des chiffres impressionnants et qui doivent laisser rêveur les attaquants du championnat de France de football. Un record devient envisageable pour le goléador du Dinamo, en l’occurrence celui du plus grand nombre de buts inscrits durant une saison. Et c’est le 12 mai 2007 lors du derby face à Zagreb qu’Eduardo va entrer dans l’histoire du championnat croate. L’ancien attaquant international du Dinamo, Goran Vlaovic avait marqué 29 buts durant la saison 1993/94 mais il est rayé des tablettes mais Eduardo avec 34 buts en 32 matchs. La moyenne de buts de «Dudu» est terrifiante et elle est forcément favorisée par les nombreux hat-tricks à l’actif du carioca. Il a ainsi plusieurs triplés en championnat, notamment lors de la victoire contre l’ennemi juré de l’Hajduk Split le 12 mai 2007. Durant le mois de novembre 2006, il avait réalisé deux triplés consécutifs, en championnat et en qualifications pour l’Euro 2008 face à Israel. Grâce à Eduardo, la Croatie est bien partie pour se qualifier au prochain Euro et le Dinamo a conclu son championnat avec le total historique de 92 points récoltés sur 99 possibles.
Le rendement d’Eduardo da Silva est exceptionnel et l’attaquant du Dinamo attire donc les convoitises de nombreux clubs européens. Mais malgré ces sollicitations, «Dudu» ne semble pas pressé de quitter Zagreb. Malgré un processus de nationalisation qui peut être décrié en raison de sa rapidité, la relation entre la Croatie et Eduardo da Silva est une véritable histoire d’amour. Parlant souvent de ces liens avec son pays d’adoption, il considère la Croatie comme son vrai pays, celui qui lui a permis de s’épanouir en tant que footballeur et également en tant qu’homme en s’intégrant à cette population avec laquelle il partage plusieurs valeurs. La vie d’Eduardo da Silva est tout simplement l’histoire d’un joueur comme il doit en exister des milliers au Brésil mais qui grâce à son acharnement est désormais un des attaquants les plus convoités d’Europe.
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